Les liens fraternels
Je
t’aime…moi non plus…
Rien n’est plus
ambivalent que les liens qui unissent les enfants d’une même famille. Que cette
famille soit « nucléaire » (papa, maman, enfant), recomposée,
monoparentale, homoparentale…ces liens seront inévitablement complexes.
Selon Lisbeth Von Benedek, « très jeune, on apprend à la fois à aimer une personne et à la
détester ». Belle entrée en matière !!!
En effet, quel
bonheur pour un enfant d’être l’unique objet d’amour de SA famille, la seule
préoccupation, le seul être cher….jusqu’à l’arrivée de « l’intrus ».
Cet être tant attendu, par les parents, grands-parents, tantes, oncles,
cousins…et qui dès son apparition vole l’amour de ses parents et l’attention de
toute la famille !!
« Puisque c’est comme ça moi aussi je veux
être un bébé ! » Ah oui ! Une petite
régression est de l’ordre du possible : eh bien laissez le régresser, il se lassera de cet état de fait. Ne lui
dites pas qu’il est un « grand garçon (fille) » il persistera à vous
prouver le contraire…
La rivalité est née
en même temps que le second enfant : rivalité pour
l’amour, rivalité pour obtenir l’attention.
Tous les parents
idéalisent les relations (ou futures relations) entre leurs
enfants : « C’est super ! Ils pourront jouer ensemble !
Ils partageront plein de choses ! » OUI ! Y
compris conflits et disputes !
Selon
M.Rufo, « L’arrivée d’un petit
troisième transforme le cadet en enfant du milieu, à son tour confronté à la
rivalité avec un plus petit que lui ; l’aîné consterné, sait qu’il va
devoir à nouveau supporter les caprices d’un petit et que ses parents seront
moins disponibles pour lui. »
En effet, on ne peut
nier que lorsqu’une nouvelle naissance a lieu, notre disponibilité se trouve
réduite à être partagée. Ah !le partage !
C’est déjà une notion difficile pour certains adultes, alors pour un jeune
enfant…
Pour
remédier à cela, l’idéal est d’accorder un temps chaque jour à chacun. Dix
petites minutes autour d’un jeu, une conversation en tête à tête dans sa
chambre…Mieux vaut dix minutes de qualité plutôt qu’une
fausse demi-heure entrecoupée de tétée ou de change de
couche.
Même
si en tant que parents on ne peut éviter ces rivalités, on peut atténuer les
sentiments de violences qu’elles peuvent faire naître.
D’après
R.Scelles « les relations
entre frères et sœurs dépendent étroitement du rôle que les adultes attribuent,
consciemment ou non, à chacun des enfants de la fratrie… ». Eh
oui ! Il est indispensable d’admettre que nous jouons un rôle important
dans l’évolution des rivalités entre nos enfants.
Tout
d’abord rappelons l’évidence même : on n’éduque pas deux enfants de la
même manière ! D’une part, « le
garçon ou la fille tant désiré(e) est porteur des souvenirs de l’enfant que
l’on a été et de l’adulte qu’on est devenu » nous dit M.Rufo. Bah
oui ! Qui n’a jamais pensé (ou dit) : « Ouh !je
sais ce que c’est moi, d’être le petit dernier /l’aîné… ».
D’autre part, lorsque naît le deuxième enfant,
nous avons, en tant que parent, l’expérience du premier né. Ajoutons à cela la personnalité propre à
chaque enfant et nous obtenons une éducation différente selon chaque individu.
Toujours selon
Lisbeth Von Benedeck « Il est
normal pour un parent d’éprouver plus d’affinités avec l’un de ses enfants. Il
ne doit pas culpabiliser, mais en prendre conscience et faire en sorte que cela
ne paraisse pas ». Attention !
Je vous vois déjà bondir ! On ne parle pas d’amour, mais
d’affinités !
Ces
conflits et rivalités ont tout de même des aspects positifs
(bah oui quand même !!). Dolto nommait cette relation « la jalousie fraternelle structurante ».
En effet, ces liens fraternels et ce qu’ils engendrent permettent à l’enfant
d’apprendre à gérer les émotions violentes qu’ils font émerger.
Selon
une étude américaine, les enfants issus de fratries développent plus facilement
des capacités à gérer des conflits à
l’âge de six ans : « les jeunes
frères et sœurs qui jouent souvent à des jeux de simulation, (« on
dirait que t’étais le gentil et moi le méchant ») comprennent mieux les émotions des autres.. » ou encore « le jeu fraternel joue un rôle
particulièrement important dans la compréhension du point de vue des autres,
notamment de leurs émotions, pensées, intentions et croyances ».
Pour
conclure, chaque parent doit être conscient des sentiments qu’il éprouve pour
chacun de ses enfants et de la place qu’il lui attribue. N’oublions pas que
chaque enfant est unique, porte en lui une histoire unique et qu’il doit
pouvoir exprimer ses sentiments aussi violents soient-ils. Valoriser chaque
enfant, lui accorder une place dans la fratrie, c’est lui donner confiance en
lui.
« On ne brille aux yeux des autres que si
l’on est soi-même persuadé de pouvoir briller ».M.Rufo.
Pour aller plus loin :
« Frères
et sœurs, une maladie d’amour », Marcel Rufo
« Frères
et sœurs pour la vie. L’empreinte de la fratrie sur nos relations adultes »,
Lisbeth Von Benek
« Des
sœurs et des frères », Sylvie Angel